Adieu l’abbé!

Figure emblématique de la messe en wallon, homme de cœur et homme d’esprit, l’abbé Malherbe aura certainement marqué de son empreinte les Fêtes de Wallonie ! On ne peut le nier, si la messe en wallon connaît un tel succès aujourd’hui, si on s’y presse au portillon c’est certainement grâce à lui. Il aura donné un ton, une couleur, et créé une attente puisque chaque année les namurois s’interrogeaient sur la tournure que prendrait son fameux sermon.

Le Comité central de Wallonie, organisateur de cette messe du lundi des Fêtes, est extrêmement fier et reconnaissant d’avoir pu collaborer avec cet homme d’église pacifiste et humaniste, à l’esprit affûté et investi auprès des plus démunis. Des valeurs chères au CCW !

Le « Gaillard » de la charité

En reconnaissance à ses diverses qualités, le CCW lui a remis la Gaillarde d’argent en 1998. Une distinction honorifique qui a étonné le namurois qui déclarait cependant « Je mentirai en disant que cela ne me fait pas plaisir, maintenant il faut prendre cela avec humour parce que les médailles… ». Par cette distinction, le CCW a voulu remercier cet homme pour son implication dans la messe des Fêtes mais aussi pour son dévouement quotidien au service des déshérités.

Car l’abbé Malherbe étant sans cesse tourné vers les plus pauvres, « les bribeux » comme il les a nommés dans son sermon de 2014. Il épingle alors le règlement anti-mendicité proposé par la Ville de Namur. Dans son presbytère la porte était toujours ouverte, pour un café, une tartine ou tout simplement pour un moment d’écoute ou un peu de réconfort le temps de quelques mots échangés.

Des homélies qui mêlent humour et sérieux

Ces dernières années, la messe en wallon est devenue un rendez-vous incontournable des namurois. Les édiles communaux y assistaient chaque fois de plus en plus nombreux. Ils étaient assis au premier rang, face à celui qui les bousculait gentiment. Il faut le dire, les namurois attendaient sourire en coin les petites piques humoristiques que l’abbé décochait adroitement aux politiques.

Au fil des années, l’abbé Malherbe s’est véritablement approprié la messe en wallon. Il mettait un point d’honneur à soigner chacune de ses homélies. Il commençait à y réfléchir dès le mois d’avril. Il découpait çà et là des articles de presse et notait quelques idées. Au mois d’août, son écriture se concrétisait. Et parfois, le curé revenait sur ses mots « tu ne peux tout de même pas dire ça ! » se reprenait-il…

Un événement au succès grandissant

C’est pourtant le Comité central de Wallonie qui avait évoqué l’idée de lire un texte en wallon pendant la célébration. « Poqwè nin » avait alors répondu l’évêque Monseigneur Charue. Depuis lors, cette toute la messe qui est dite dans cette langue savoureuse. Et si au départ, la messe avait pour vocation de rendre hommage aux combattants des différentes guerres en petit comité, aujourd’hui elle est devenue une tradition populaire bien installée.

Le succès de cet événement est certes lié à la personnalité de celui qui a officié 37 années durant. Il l’est aussi par la participation amicale de plusieurs associations namuroises. La Musique Royale de la Police de Namur accompagne depuis plusieurs années les prises de parole des officiants. La chorale Les Chanteurs du Rail et la chorale du Beffroi apportent la chaleur de leur voix. Les lecteurs, membres de la Compagnie Aimé Courtois et des Rèlîs Namurwès, lisent avec talent et passion les textes en wallon. Et puis, la télévision communautaire Canal C contribue elle aussi au rayonnement de cet événement en le retransmettant sur les petits écrans.

Sa dernière messe

Paul Malherbe a célébré sa dernière messe en wallon en septembre 2015. Il nous parlait de partage et d’entraide. Des valeurs d’actualité qu’il a mises en avant avec humour et sans leçon de morale. Voici un extrait de son homélie en wallon.

« Dji c’mince pa l’ lète da Sint Pôl aus crétyins dèl vile di Corinte. Oyi, l’ vile où ç’ qu’on trove dès côrintines, dès sètchs reûjins, si vos v’loz ! È bin, nosse Pôl, il èst sâcrè mwaîs après zèls. Vos vèyoz ça di d’ci : divant di s’ sov’nu do dêrin r’pas do Sègneûr, i mougnenut èt bwêre chaque di s’ costé ! One miète come si, vêci al mèsse di Walonîye, li mayeûr èt lès scabins scroterin.n´ èt scafyî trwès, quate avisances do timps qu’ lès dèputés dèl Province sèrin.n´ à lès r’waîtî tot crèvant d’ fwin ! One miète come si lès tchanteûs dèl tchanterîye bwêrin.n´ do pèkèt dins dès sayas do timps qu’ lès pôves Molons aurin.n´ leû gosî pus sètch qu’one têre sins-aîwe ! Quéne bataye qu’i-gn-aureûve bin rade mès djins ! Èt aler à mèsse après ça, vos-ôtes ! »

Traduction « Je commence par la lettre de Saint Paul aux chrétiens de la ville de Corinthe. Oui, la ville des raisins de Corinthe, ces fameux raisins secs. Eh bien notre Paul est furibard contre eux. Vous imaginez la scène : avant de faire mémoire du dernier repas du Seigneur, ils mangent et boivent chacun pour soi ! Un peu comme si, ici, à la messe de Wallonie, le bourgmestre et les échevins avalaient et dévoraient trois ou quatre avisances pendant que les députés provinciaux les regarderaient en mourant de faim ! Un peu comme si les chanteurs de la chorale buvaient du pékèt dans des seaux pendant que les pauvres Molons garderaient gosier plus sec qu’une terre aride ! Quelle bagarre se déclencherait alors, frères et sœurs ! Et après cela, allez, vous, participer à la messe ! »

Lors de l’édition de 2015, en raison d’ennuis de santé, Paul Malherbe a passé le témoin à l’abbé Bernard Van Vynckt. Il nous a à ce moment offert son dernier sermon. En 2016, il a juste prononcé quelques mots : « Et oui, je vis encore ! C’est incroyable ! Et je vous le dis, ce n’est pas facile tous les jours ». Paul Malherbe est décédé le 18 avril 2017, le lendemain du lundi de Pâques, à l’âge de 81 ans.

Adieu l’Abbé et merci vî soçon!

 

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Photos Jacques Duchâteau @L’Avenir 2007

 

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